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Coopération et entraide, nouvelles lois du business ?

Transition

Nous avons posé notre regard sur la vie et nous y avons vu un modèle de développement basé sur la compétition. Nous avons lu La théorie de l’évolution de Darwin et nous y avons lu une confirmation. Nous avons alors érigé la compétition en « loi naturelle » et fait de la coopération un idéal auquel nous n’étions pas promis, parce que, « ma pauvre fille, ce n’est pas ça la vie ! » Or, Gauthier Chapelle et Pablo Servigne, tous deux ingénieurs agronomes et docteurs en biologie, nous ouvrent d’autres perspectives dans leur ouvrage « L’entraide, l’autre loi de la jungle »

Au coeur du vivant ne se loge pas la compétition, mais la coopération

Au cœur du vivant, la compétition n’est absolument pas le mode de relation dominant. Pourquoi ? Parce que c’est un mode gourmand en énergie : il exige pour les deux espèces en compétition un surplus d’énergie pour accéder à la ressource que toutes les deux convoitent. C’est un mode fatigant, donc fragilisant, qui ne peut se pérenniser qu’en environnement de grande abondance où l’on peut compenser facilement le surplus d’énergie dépensé (et c’est bien ce qu’observe Darwin !). C’est une relation perdant-perdant car chaque espèce s’affaiblit. C’est pourquoi le vivant cherche toujours à en sortir pour aller vers des relations moins gourmandes en énergie où au moins une des deux espèces est gagnante, ou mieux, où les deux espèces sont gagnantes. Le vivant vise la coopération qui est le mode de relation gagnant-gagnant. Et plus le milieu est hostile, plus la vie est difficile, plus c’est le mode de relation privilégié !

C’est en cherchant à sortir de la compétition que les plus grandes innovations du vivant se sont produites

En témoigne l’apparition des plantes terrestres sans lesquelles nous n’aurions jamais pu exister… A l’origine les algues bleues, bactéries qui ont inventé la photosynthèse (capacité à utiliser la lumière du soleil pour assembler le CO2 et l’eau pour en faire du sucre). Ces bactéries qui ont la particularité de créer du sucre, sont très convoitées par les autres bactéries qui les dévorent allègrement. Jusqu’au jour où un accord se passe entre une des bactéries prédatrices et l’algue bleue. La bactérie prédatrice devient l’hôte de l’algue-bleue : elle ne la digère plus, elle la garde en elle, la protégeant et lui fournissant le CO2 dont celle-ci a besoin pour vivre. En contrepartie, l’algue bleue la fournit en sucre. C’est ainsi qu’apparaissent les premières algues unicellulaires qui se sont assemblées pour créer des algues multicellulaires qui sont à terme devenues les plantes telles que nous les connaissons.

Le vivant nous rappelle que la coopération est un chemin extraordinaire pour innover à condition d’accepter de se mailler au point de changer de forme. Cela implique d’accepter de laisser tomber les identités initiales pour en créer d’autres…Ce qui est envisageable à condition d’avoir un objectif commun sans concession au service duquel nous nous engageons. Dans l’exemple des bactéries, cet objectif est la sécurisation de la vie … Mais n’est-ce pas l’objectif qui pourrait nous unir tous ? Et en écrivant cela, je pense au résumé technique du GIEC (qui donne les grandes lignes du rapport final attendu début 2022)  : « Le pire est à venir, avec des implications sur la vie de nos enfants et nos petits-enfants bien plus que sur la nôtre. La vie sur Terre peut se remettre d’un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes. L’humanité ne le peut pas”. 

La coopération, un système d’entraide au service de la vie

La forêt en est un brillant exemple, comme en témoigne l’alliance entre les arbres et les champignons où arbres et champignons ont acté de se concentrer chacun sur leur plus grand savoir-faire et de s’en redistribuer les fruits. Comment ? Les champignons alimentent en eau et en sels minéraux les arbres à travers leur réseau de mycélium qui relie entre elles toutes les racines des arbres. En retour, les arbres alimentent les champignons en sucres produits par la photosynthèse. Mieux, le réseau de mycélium connecte petits et grands arbres pour redistribuer le sucre des grands arbres aux arbrisseaux qui n’ont pas encore accès à la quantité de lumière suffisante pour générer le sucre dont ils ont besoin. Plus incroyable encore, ce réseau connecte sciemment des arbres d’espèces différentes pour redistribuer le sucre en fonction des besoins, les espèces n’ayant pas la même aisance et performance selon les saisons et le climat. Les champignons prennent grand soin des arbres dont ils ont besoin pour s’approvisionner en sucre et les arbres prennent soin des champignons et de leurs congénères car plus il y a d’arbres, plus les chances de survie d’un arbre augmentent. Chacun s’intéresse ainsi à la vie de l’autre et la soutient. Nous sommes loin de certaines pratiques humaines, où l’on essore fournisseurs et partenaires pour obtenir le meilleur prix pour son seul profit... La forêt est un incroyable système de coopération où les espèces se soutiennent les unes les autres, où les ressources sont mutualisées et redistribuées en fonction des besoins. Nous sommes à des années-lumière de cette vision où les arbres sont en compétition permanente pour accéder à la lumière…

Dans cet exemple encore, j’observe une nécessité de se mailler, de s’entremêler, de placer au centre un objectif partagé sans concession, la vie. J’observe une nécessité de sortir des représentations et victoires individuelles. La forêt nous rappelle que nous ne nous en sortirons qu’ensemble et la réalité à laquelle nous sommes confrontés nous le rappelle avec véhémence. Nous ne limiterons pas le dérèglement climatique et ses effets délétères si nous n’agissons pas conjointement tous (particuliers, institutions, entreprises, gouvernements, etc.) et dans tous les pays. Idem pour la préservation des ressources qui se raréfient et dont nous observons la flambée des prix.

Mettre le business au service de la vie ?

Alors que nous nous dirigeons vers des temps difficiles*, ne serait-il pas urgent de replacer la coopération au centre de notre vision du monde pour encaisser les chocs à venir et éviter le pire ? N’est-t-il pas temps d’ériger la coopération comme la nouvelle règle du business ? D’entrer en coopération avec nos pairs (les « concurrents »), nos territoires, nos parties-prenantes pour nous soutenir dans un monde qui va vers l’instabilité et la pénurie de ressources ? N’est-il pas temps de développer un business au service de la vie ? Pour cela, nous devons revoir notre vision de l’entreprise qui ne peut plus se limiter en matière de vocation au développement du seul capital financier en cherchant à détenir toutes les parts de son marché. Le développement du capital environnemental et du capital humain doivent se loger, eux aussi, au cœur de ses objectifs. De même nous devons repenser nos organisations encore très pyramidales. Gauthier Chapelle lors de son intervention le 22 septembre au Club de la Transformation Positive organisée par Sparknews qu’on ne trouve pas d’organisations pyramidales dans le vivant car cette centralisation n’est efficace que pour les tâches répétitives en milieu stable. Ce type d’organisation est une réponse trop lente et stéréotypée aux changements rapides et brutaux auxquels se confronte le vivant qui lui préfère un modèle décentralisé. C’est en allant vers ces modèles que nous trouverons la vitalité, la diversité et l’agilité qui vont nous être plus que nécessaires.

Oui, nous entrons dans un complet changement de paradigme et ce n’est pas simple car nous sommes imbibés de nos biais qui se sont érigés en croyances au point d’observer le vivant comme un espace de compétition quand il est un espace de coopération.

Pour engager ce changement de paradigme, pas de prêt-à-penser, pas de solutions toutes faites prêtes à l’emploi applicables de suite par tous et partout, ce qui en hérisse plus d’un qui sous prétexte que nous révélons une problématique exigent que nous soyons les détenteurs immédiats de la solution absolue et consensuelle qui résout tout, partout, tout de suite.

Oui, c’est inconfortable car urgence et anxiété nous hurlent d’agir vite et fort.

Oui, la tâche est immense car nous héritons d’un monde, d’un modèle de pensée, d’infrastructures, de modes de relations qui n’ont pas réfléchit le sujet du climat, ni celui de la pénurie des ressources et certainement pas celui de notre viabilité. Tout, absolument tout est à transformer et c’est vertigineux. Et nos actions semblent dérisoires si tant est qu’on arrive à initier quelque chose car, par où commencer ?

Alors comment faire ?

Revoir son Cap pour qu’il puisse intégrer développement humain et environnemental. Opérer cette révolution où la performance financière n’est plus l’unique centre de gravité. En découler des objectifs et des orientations stratégiques. Revisiter son organisation pour qu’elle soit au service de ces nouvelles dimensions. Adapter son activité pour qu’elle soit compatible avec le vivant et la société, si possible, le réfléchir avec ses pairs (ou concurrents !), ses clients, ses fournisseurs/partenaires et bien sûr, ses équipes… Partager ses réflexions, ses actions, ses initiatives, non pour une différenciation marketing mais pour nourrir la dynamique collective, pour augmenter l’audace et inciter les entreprises encore circonspectes à se mettre en mouvement. S’ouvrir, regarder les initiatives et les expériences qui fleurissent de tous côtés et à toutes les échelles. Soutenir les nouveaux élans, même si c’est perturbant. Se rapprocher d’autres entreprises, tous secteurs confondus, qui partagent les mêmes limites, difficultés, contradictions et réfléchir ensemble. Interpeller le pouvoir politique. Oser l’audace et le courage. Changer la norme, bouger les lignes, faire advenir un futur qui ne nous tombera pas du ciel.

Oser coopérer.

*Nous sommes en train d’exploser le scénario du 2°C modélisé par le GIEC (nous allons vers un scénario 2,5°C minimum) quand celui du 1,5°C n’était déjà pas réjouissant. Nous avons perturbé le système climatique nous privant d’un climat stable qui a permis notre essor rendant possible la sédentarisation, l’élevage et l’agriculture. Les ressources dont nous dépendons sont en voie de disparition et la biodiversité nécessaire à notre vie est en train de massivement s’écrouler. C’est toute la question de l’habitabilité de la planète pour l’espèce humaine qui se pose et à très court terme selon le dernier rapport du GIEC.


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